A propos du Disque T’as voulu voir Jacques Brel et on a vu…
***Tu as voulu voir Jacques Brel… Alexis Thibaut de Maisières, piano Camille Seghers, violoncelle Duo 1 CD Paraty Durée 43’
« C’est le rêve de tout agent double (ou plus) de la musique : entendre se fondre, s’entrecroiser, se magnifier mutuellement tout ce qu’on entend dans un air, un mouvement, une chanson. Encore faut-il que la base soit bonne ! Avec l’univers de Jacques Brel en point de mire ; le pianiste – et, découvre-t-on, compositeur et arrangeur – Alexis Thibaut de Maisières avait tout en rayon, pouvant d’ailleurs s’inspirer de l’entourage select de Brel lui-même pour tenir son défi. Partant de petits bis maison, imaginés au sein de son duo avec Camille Seghers, il signe ici treize chansons imaginaires, où il revient à un violoncelliste de porter la voix de Brel. Une voix incluse tout naturellement dans les musiques de Ravel, De Falla, Offenbach, Rachmaninov ou Chopin. Une prouesse musicale convaincante, porteuse de surprises et d’émotions. » MDM
MDM La Libre Belgique, suppl.30/05/2026
« Créer un pont entre les chansons de Jacques Brel et la musique classique : tel est le défi aussi inattendu qu’audacieux que se sont lancé la violoncelliste Camille Seghers et le pianiste Alexis Thibaut de Maisières accompagnés par le récitant Jean-François Saudoyez. Treize chansons parmi les plus populaires de l’artiste belge se voient ainsi habillées d’œuvres issues du répertoire classique, pour le plus grand plaisir du public, venu si nombreux qu’il n’a pas laissé une seule chaise vide dans la salle Robert Schuman.
Les associations entre chanson française et musique classique se révèlent particulièrement réussies : Les Désespérés rencontrent le Concerto en sol de Ravel, Ne me quitte pas dialogue avec l’univers de Schubert, tandis que La Valse à mille temps fait écho à celui de Strauss. Ces rapprochements sont si naturels et harmonieux qu’ils finissent presque par sembler familiers. Le pari de réunir chanson populaire et musique classique, deux univers que l’on pourrait croire éloignés, est pleinement réussi.
Habitués au répertoire de la musique de chambre, Camille Seghers et Alexis Thibaut de Maisières s’aventurent ici sur un terrain différent avec une aisance remarquable. Leur maîtrise technique ne prend jamais le pas sur la sensibilité : elle se met entièrement au service d’un moment musical vivant, authentique et accessible.
La présence du récitant Jean-François Saudoyez apporte une dimension supplémentaire au spectacle. D’abord présentés séparément de la musique, les textes de Brel peuvent être entendus autrement. Sa voix en fait ressortir la force, la poésie et toute la profondeur. Le piano et le violoncelle prennent ensuite le relais, prolongeant les mots et libérant les émotions qu’ils contiennent.
Pour ceux qui connaissent déjà intimement l’œuvre de Jacques Brel, ce spectacle offre une manière nouvelle de l’entendre. Pour les autres, il constitue une porte d’entrée originale et émouvante dans son univers. Une rencontre musicale singulière, portée par des interprètes généreux, qui donne envie de prolonger encore un peu le voyage avec leur album récemment sorti.
« Pour se couler dans cette musique si française et pourtant si personnelle, le violoncelle de Camille Seghers joue la carte de l’élégance subtile, sans vaine démonstration. Le piano d’Alexis Thibaut de Maisières s’offre avec la même éloquence sensuelle, en parfaite osmose. Tout cela est d’un indicible raffinement. «
« *** Découvertes valorisées par le jeu précis, à la fois sensible et sobre de Camille Seghers et le piano finement orchestré et solaire d’Alexis Thibaut. »
« Camille Seghers et Alexis Thibaut de Maisières aiment de toute évidence cette part de la création de Louis Vierne. Ils l’interprètent en effet avec un élan, une conviction, une constante délicatesse, exaltant des sonorités particulièrement soignées, une sensualité à fleur de peau, une osmose violoncelle/piano totale, chacun tenant son rôle de soliste librement sans pour autant couvrir à quelque moment que ce soit son partenaire, démontrant ainsi une entente parfaite au service d’une musique singulièrement mobile à laquelle le duo donne toute sa puissance expressive. Un disque de musique française au carrefour de l’école franckiste et de Ravel à découvrir, d’autant plus qu’elle est admirablement interprétée par deux jeunes musiciens, la violoncelliste franco-belge Camille Seghers et son partenaire dans la vie comme à la scène, le pianiste belge Alexis Thibaut de Maisières.
Bruno Serrou, Paris, le 21/12/2022
» Der Pianist Alexis Thibaut de Maisières spielt bewundernswert vital, während die Cellistin Camille Seghers durch ein weiches und kantables Muszieren auffällt. Le pianiste Alexis Thibaut de Maisières joue avec une admirable vitalité, tandis que Camille Seghers se distingue par une musicalité douce et chantante ».
« Zijn stukken voor cello (altviool) en piano worden door het duo Seghers en Thibaut de Maisières smaakvol, intens en waarachtig verklankt.
Ses pièces pour violoncelle (alto) et piano sont interprétées avec goût, intensité et vérité par le duo Seghers et Thibaut de Maisières. »
En son giron offert aux notes d’allégresse Un enfant univers naissait d’une caresse Avec tendresse l’archet qui courait sur les cordes Demeurait aux aguets des mots de cet exorde
Tout le corps de Camille accueillait en son sein Sonates et symphonies menuets tambourins La plainte qui émanait des deux esses en ouïes Balayait l’imparfait exhalait la vraie vie
Et du grand piano caressé de doigts purs Des notes sorties de l’eau venaient gonfler l’amure D’une partition subtile aux reflets habités D’un poisson-lune gracile sous une brise d’été
Les yeux d’Alexis suivaient avec entrain Les phases d’harmonies où s’écrivaient sans fin Grenade et puis Venise, le ciel sur le Léman Le soir et sa chemise éprise de bon vent
Le duo unanime en poète chevronné Comme un cœur qui s’anime me faisait espérer Quand le violoncelle réclamait au pianiste Quelques onces d’un sel réservé aux artistes
Alexis faisait corps avec son instrument Camille le rejoignait nageait éperdument Sous les ridules bleues d’un nouveau fleuve Erne Ils partageaient heureux l’âme de Louis Vierne"
Olivier CLYNCKEMAILIE
Louis Vierne est le plus grand, le plus génial organiste français de sa génération. Affligé à la naissance d’une cataracte inopérable qui va le mener lentement à la cécité complète, il est né à Poitiers, grandit à Paris puis à Lille, puis à Paris encore : la famille déménage au gré de la carrière du père, journaliste bonapartiste.
Avec sa connaissance intime du jeu des instruments à cordes et du piano, Vierne compose de la musique de chambre d’abord ancrée dans un style proche de Franck et de Fauré ; ensuite Debussy et Ravel pointent leur nez. On n’en déduira pas un manque de personnalité : bien au contraire, Vierne développe rapidement une « patte » bien personnelle et, du reste, les influences peuvent s’exercer dans l’autre sens : comment ne pas penser au Ravel du Concerto pour la main gauche dans le sublime Molto largamente de la Sonate pour violoncelle, notée vingt ans plus tôt, et dont l’écho se retrouve aussi chez le dernier Fauré ?